La victoire est belle
1999, seconde tentative
1998, une première mondialeUne victoire inachevéeJournal de bord
SEULE LA VICTOIRE EST BELLE" On cesse toujours d’être le numéro un mais on ne cesse jamais d’avoir été le premier "    Frédéric Dard
5 janvier 2000, je n’ai pas dormi depuis 36 heures, à quelques milles de couper ma ligne, mes sentiments sont confus : appréhension, nostalgie, stress. Je m’interdis de ressentir et de me laisser envahir par un quelconque sentiment de bonheur par crainte de connaître la même mésaventure, la même injustice que l’année dernière au large de la Guadeloupe. Je suis épuisée physiquement mais surtout mentalement. Je savais que cette seconde traversée serait très éprouvante. Elle l’a été…bien au-delà de ce j’avais pu imaginer. Je suis vraiment aller au bout de moi-même.
A une heure de cette ligne qui depuis des jours et des jours est devenue mon obsession de chaque instant, je dois composer avec une mer agitée, des courants forts. Les médias me contactent pour recueillir mes impressions. Je fais preuve d’une certaine réserve pour conjurer le sors et à la fois pour rester concentrer. Tant que la ligne n’et pas coupée tout peut arriver !
Il est 5h40 quand je coupe ma ligne au large de la Pointe des Salines en Martinique. Il aura fallu deux traversées de l’Atlantique à la rame pour une ligne d’arrivée. Le soleil se lève à peine, les premiers bateaux sont venus à ma rencontre, j’aperçois les premières couleurs de la terre, les regards humides et les sourires, les premiers « Bravo ».J’aimerais que cet instant se déroule au ralenti pour en savourer chaque seconde. Je me retourne, jetant un coup d’œil à la ligne d’horizon, d’où je viens. Dans ma tête s'affiche alors la carte de l'océan Atlantique. Je l’ai fait, je sais exactement ce que cela ma coûté. Ces 4 années de préparation, ces 78 jours de traversées, les 9 heures en survie et l’énergie déployée pour repartir. Je suis heureuse, fière de l’effort accompli. Je pense à toutes les personnes qui m’ont soutenue, aidée. Je les en remercie et les associe à cette victoire.

Je sors mûrie de cette expérience, enrichie, et je pense à tous ceux qui ont envie de tenter leur chance:qu’ils sachent que leur rêve est à leur portée. Quant à moi, ce qui me restera c’est l’immense bonheur d’avoir réussi, d’être allée au bout, et même au delà, de moi-même.
Peggy Bouchet